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T’as d’beaux oeufs tu sais…

Mes douze fifilles ont toutes un petit nom… il y a entre autres Gingy, Goldy, Sil­ver et Blanche et Neige. Elles sont chou­ettes, drôles et futées. Elles sont libres d’aller et venir dans les sept autres mille mètres car­rés, mais pas dans la mai­son, ni le jardin, ni la serre et encore moins mes plates-bandes de jolies fleurs !

blanche-et-neigeComme toutes les poules, elles font leur show quand elles ont pondu. Pen­dant dix min­utes ça popote, glousse et caquète ou jusqu’à ce que je félicite la pon­deuse en ques­tion « Bravo, c’est bien ma fifille » et c’est toute fière qu’elle retourne à ses occu­pa­tions, non sans avoir fait un pied de nez (ou plutôt une patte de bec…) aux copines. Mais, bien-sûr, il leur arrive de pon­dre de tra­vers… (c’est par ici que ça se passe, la ponte de tra­vers…) Il leur arrive aussi de pon­dre ailleurs que dans le poulailler, prin­ci­pale­ment dans le bush. Il paraît que c’est nor­mal, mais je soupçonne cer­taines d’entre elles d’être un peu flem­mardes et de ne pas avoir envie de retourner au poulailler.

Elles sont mar­rantes comme tout, me font rire et je fais causette avec elles. Mais comme je n’y con­nais pas grand-chose en poules, et bien sitôt qu’il y a une plume qui pousse de tra­vers, je panique !

C’est ce qui est arrivé ce matin.

Alors que je me dirigeais en direc­tion du poulailler, je dis­tingue dans les hautes herbes, au milieu de mon chemin, sans per­sonne autour, seul et aban­donné au milieu de nulle part : Un œuf !

D’une forme et d’une couleur peu habituelle, j’ai tout de suite pensé qu’il y avait un prob­lème. Je les appelle toutes : « fifilles… fifilles » avec une voix haut per­chée dans les aigus dû à ma petite attaque de panique. Les voilà qui se ramè­nent folle de joie à glousser « p’tit déj… p’tit déj… » je les scrute les unes après les autres, rien de sus­pect. La plume bril­lante, l’œil vif, tout sem­ble nor­mal. Je dis­tribue le petit-déjeuner et prof­ite qu’elles soient supers occupées à picorer pour les pren­dre les unes après les autres et les retourner dans tous les sens pour voir si il devait y avoir quelque chose d’anormal. Rien ! Tout sem­ble par­fait… sauf peut-être leur air cour­roucé qu’elles me lan­cent pour les avoir per­tur­bées dans leur pico­tage. Je les « enferme » (oui entre guillemets, car le poulailler con­tient leur petite mai­son et env­i­ron trente mètres car­rés à l’air libre pour se sec­ouer les ailes). Je suis tou­jours en alerte panique max­i­mum. Cet œuf, trop ovale, trop gris et trop bril­lant ne me dit rien qui vaille. C’est pas nor­mal. Une petite frus­tra­tion plus tard, suite à Google qui ne com­prend rien à ce que je lui demande, hop ! je saute dans la voiture avec mon œuf, pied au plancher, direc­tion vétéri­naire. D’un sim­ple coup d’œil à l’œuf gris, il va pou­voir me dire de quels maux il s’agit, au pire, il va me dire qu’il passera à la mai­son lorsqu’il aura un moment creux dans sa journée.

Au cab­i­net du vet, le per­son­nel est très sympa ! Les filles à l’accueil sont adorables même quand je débar­que à l’improviste. Elles ont tou­jours le sourire et un petit mot sympa. Le vet, lui me taquine sans cesse, vu qu’il par­lotte un peu français et que c’est un pas­sionné de vieux films français. Je débar­que pile à l’heure où le cab­i­net ouvre. Tout le per­son­nel est présent, prob­a­ble­ment même en meet­ing. Mais je m’en fiche. Le vet me regarde d’un air sur­pris et je bafouille en anglais et com­plète­ment affolée qu’il y a une de mes fifilles qui doit avoir un gros prob­lème. Mais je ne sais pas laque­lle et qu’aucune ne sem­ble être faible ou malade. J’ai peur. Je sors l’œuf de mon sac et le lui mon­tre. Tout le per­son­nel se penche alors sur l’œuf, pen­dant que moi toute à mon angoisse, je m’attaque à l’ongle de mon index. Et c’est alors avec son plus beau sourire (c’est qu’il peut être char­mant quand il n’essaye pas de me ven­dre tout un tas de ver­mifuges, de col­liers antipuces et toute la panoplie des anti-grattages qui vont avec) bref, c’est donc avec son plus beau sourire qu’il me dit :

« T’as de beaux œufs tu sais »

Il me fait quoi là le vet ? c’est quoi ce plan débile ? Pas moins de mille pensées/seconde se bous­cu­lent dans ma tête (tête que je dois avoir hir­sute à sept heures et demie du matin…) et c’est alors qu’il s’éclate de rire… T’inquiète pas, je pense que tes fifilles vont bien, car ça, dit-il en pointant l’œuf avec son doigt, c’est un œuf de canard !

Je pense qu’on peut se passer du para­graphe et de l’épitaphe sur ma petite fierté toute cabossée d’humiliation. Ce que j’ai fait avec cet œuf de canard ? Je l’ai offert à une des filles de l’accueil qui m’a dit qu’il n’y a rien de tel dans les pâtis­series… Et bien “Enjoy” alors !

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