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Onomatopées au golf

Dimanche matin, le jour s’est levé il y a une heure, nous prenons un petit café sur la ter­rasse, offrant nos vis­ages endormis aux rayons du soleil qui répand sa chaleur… un « FFFFFF­sssssh­h­h­h­h­CLAC ! » se fait enten­dre. C’est le bruit de l’impact entre le club de golf et la balle. Nous pou­vons à peine dis­tinguer les deux joueurs à tra­vers l’allée de pins qui nous sépare de l’aire de départ du trou numéro dix-huit à une petite cen­taine de mètres de là. Un reten­tis­sant « SH##!!@! » se fraie un chemin jusqu’à nos oreilles, superbe juron prononcé dis­tincte­ment qui s’envole de la bouche du golfeur mal­adroit. « AHAHAHAHAH !!!!! » son parte­naire de jeu se marre, mais se ravise vite fait, c’est qu’il n’a pas encore joué lui. Le bruit sourd et mat de la balle que le golfeur a envoyé valser sur notre pelouse nous salue à l’atterrissage par un « PLONG ! »

house-and-golfCe petit vent qui vient du Sud qui nous accom­pa­gne, les golfeurs et nous, mais surtout leur petite balle blanche, nous fait ouvrir les paris. Com­bien aujourd’hui selon toi ? Je penche pour un chiffre impair : onze !

« Cling, cling­cling, cling, cling­cling » les deux golfeurs se dépla­cent sur le fair­way. Les clubs de golf dansent la gigue dans les sacs qu’ils por­tent sur leur dos, les fers s’entrechoquent au rythme des pas pressés des joueurs matin­aux. Ils cherchent la pre­mière balle, ils ont bien vu qu’elle n’est pas allée là où le joueur lui a demandé d’aller. Ils par­lent à voix basse, impos­si­ble d’entendre ce qu’ils racon­tent. « Scrouf-scrouf-scrouf » avec un des clubs, ils fouil­lent les buis­sons. Rien, ils ne retrou­veront pas la balle. Perdue.

TOUK ! Une nou­velle balle est bal­ancée dans l’herbe coupée court. Il me sem­ble qu’il aurait dû jouer une balle pro­vi­soire depuis le tee de départ, son juron a révélé qu’il soupçon­nait sa balle per­due à tout jamais, mais je ne suis pas arbi­tre et ce ne sont pas mes oignons. Ils ne sont pas loin de la clô­ture qui nous sépare. Le club se lève, se fige dans l’air un bref instant. Un rayon de soleil se reflète sur le fer qui le fait briller de mille feux. Le temps sus­pens son vol, la con­cen­tra­tion du joueur en est presque pal­pa­ble. Le fer redescend en piqué à une vitesse ver­tig­ineuse. « SCHCLAC ! » L’impact du fer qui ren­con­tre la balle la fait se soulever, ainsi qu’un bout de gazon et s’en va fendre l’air. Le joueur ne peut avoir con­science du bruit que fait sa balle, le voisi­nage lui, en prof­ite. Un physi­cien pour­rait cer­taine­ment nous dire pourquoi. Dimanche matin, je n’ai pas vrai­ment envie de le savoir, peu m’importe.

« Cling, cling­cling, cling, cling­cling », ils s’éloignent en s’auto con­grat­u­lant de leur exploit domini­cal. Ils s’en vont retrou­ver leur balle respec­tive qui, nous le souhaitons, a fini son vol plané dans le bunker pour un dernier chal­lenge sableux avant que la balle ne rejoigne le green. Tout est calme et silen­cieux à nou­veau, le green est trop éloigné de nos oreilles et de nos yeux pour en apprécier le putting. On imag­ine le dra­peau se faire soulever par une main gan­tée, la balle plonger dans le trou offrant une dernière valse, tournoy­ant dans le siphon pour enfin toucher le fond « PLOC ! » ! Ils peu­vent main­tenant regag­ner leurs pénates où femmes et enfants trépig­nent devant un petit-déjeuner tant attendu.

« ZZZZZZZi­i­i­i­i­i­i­izzzzzzz » la voiturette élec­trique d’un golfeur paresseux arrive près de l’aire de départ du trou numéro dix-huit. Voici dix min­utes que la balle per­due précédem­ment a atterri sur notre pelouse. Elle restera là, blanche et ronde, per­due et seule pour le moment, dans le gazon vert, scin­til­lant de la rosée du matin.

« FFFFFF­sssssh­h­h­h­h­CLAC ! » « YeeesSSS !!!! » Chu­chotée comme une promesse, la prouesse de cette dernière balle sera pour ce golfeur fainéant, l’apothéose de sa journée. « ZZZZZZZi­i­i­i­i­i­i­izzzzzzz » la voiturette reprend sa course con­tre la balle, direc­tion le green en faisant un pied-de-nez au pas­sage du bunker, pas de sable dans les chaus­sures pour ce fainéant aux allures de professionnel.

En face du fair­way du dix-huitième trou, se trouve une maison­nette abri­tant un bar­be­cue et quelques facil­ités. Cet endroit, je le surnomme « La Capite » sou­venir nos­tal­gique d’une vie passée. Un groupe de joueurs reprend le cours de leur par­cours de golf. Ils sont qua­tre au départ du trou numéro dix. Le pre­mier se posi­tionne, le bruit car­ac­téris­tique de la balle frap­pée avec un dri­ver se fait enten­dre. On peut la voir s’envoler au loin. Ils seront au trou numéro dix-huit dans une heure et des broutilles, enfin, s’ils n’ont pas aban­donné la par­tie avant…

« BAAAAAAAAAAAAAAAAALLLLLLLL ! » En voilà un qui fait savoir à la can­ton­ade que sa balle ne se dirige pas là où il avait souhaité, mais dans un endroit invis­i­ble à nos yeux, où d’autres joueurs inno­cents con­tin­u­ent leur par­tie. Nous les imag­i­nons se baisser instan­ta­né­ment, la tête dans les bras, pour se pro­téger du pro­jec­tile fou.

Un autre « F***CK !!! » se fait enten­dre au départ du trou numéro dix-huit. Moi, ça me fait tou­jours rire. Le « PLONG » de la balle qui atterri sur ma pelouse ne se fait pas atten­dre. Je souhaite changer le nom­bre sur lequel j’avais parié. Paraît que ça ne se fait pas. Tant pis.

Les green­keep­ers, ces tra­vailleurs de vert vêtus, font aller leur machine. Ils sont sympa, ils ne vien­nent rôder par chez nous qu’aux envi­rons de neuf heures. Ils savent que par­fois un café les attend à la mai­son. Ils savent aussi que c’est juste pour qu’ils se sou­vi­en­nent qu’on habite là, et qu’ils peu­vent démar­rer leurs engins à six heures si ils le souhait­ent, mais à l’autre bout du golf, là où nous ne pou­vons les entendre.

La deux­ième balle capricieuse est venue rejoin­dre la précé­dente. Elles sont là, à atten­dre que je vienne les ramasser. Inno­centes, ron­des, l’une blanche et l’autre boueuse… je me demande où elle est allée trainer avant d’arriver sur ma pelouse immaculée…

Aux golfeurs matin­aux, ces pressés qui ava­lent dix-huit trous pen­dant que chez eux tout le monde roupille encore, se suc­cè­dent les golfeurs du dimanche. Il y a quelques touristes aujourd’hui, on peut enten­dre dans des langues que nous ne com­prenons pas des : 这最后一洞是一个四杆洞 ou encore : Ang hul­ing hole ay isang par apat. Ils ont l’air de bien s’amuser, c’est le principal.

Sur les quelques cen­taines de mètres de fair­way de ce dernier trou, le joueur, quelque peu fatigué d’avoir grimpé pour mieux redescen­dre quelques collines, a maintes pos­si­bil­ités de per­dre sa balle dans nos alen­tours. Sa pre­mière épreuve sera de passer le pré des mou­tons. La sec­onde sera d’envoyer sa balle ailleurs que sur ma pelouse et ultime épreuve, éviter le pré du cheval, où, pour des raisons qui m’amusent, les ronces pren­nent plaisir à s’installer le long des fils de clô­ture. Les golfeurs mal­adroits, ou malchanceux plutôt, à cause de cette rafale de vent qui a fait dévier la balle de sa tra­jec­toire, devront aban­don­ner leurs recherches. Les ronces ont gagné, c’est leur territoire.

Un cou­ple a nég­ligem­ment posé un coude sur le por­tail séparant le fair­way de notre pelouse. Ils par­lent à haute et intel­li­gi­ble voix. Comme pour se faire remar­quer. Nous tournons la tête, geste instinc­tif de curiosité. Ils nous regar­dent aussi et en prof­i­tent pour nous deman­der si nous avons des œufs à ven­dre. Ils ont aperçu une ou deux fifilles faisant la causette avec les mou­tons. Ils en prof­i­tent égale­ment pour acheter un sac de balles d’occasion et un bocal de con­fi­ture mai­son. Ils sont con­tents de leur emplettes et filent rejoin­dre leur balle qui les attend un peu plus loin, en équili­bre au bord du bunker.

A part une balle qui a touché les fils élec­triques, ce qui a fait pani­quer le cheval qui a sauté la clô­ture et s’est barré au grand galop en labourant le golf et un touriste qui pen­sait que ma mai­son fai­sait par­tie du golf et s’est quelque peu installé à côté du bar­be­cue, à ce jour, nous ne déplorons aucune mésaven­ture, ni de blessé d’ailleurs. Les arbres ont été plan­tés judi­cieuse­ment aux endroits stratégiques pour nous pro­téger des balles folles, les ani­maux, nous et les vit­res de la maison.

Ce fût une belle journée, et après quelques « ZZZZZZZi­i­i­i­i­i­i­izzzzzzz », « 这最后一洞是一个四杆洞 », « Cling cling­cling cling cling­cling » et « BAAAAAAAAAAAAAAAAALLLLLLLL ! », nous faisons les comptes. Il m’en manque une pour gag­ner. Ça m’attriste et lorsque je blâme le vent qui a man­qué quelques rafales, un tardif « FFFFFF­sssssh­h­h­h­h­CLAC ! », suivi d’un très impoli « SH##!!@! » et d’un « PLONG » se font enten­dre au cré­pus­cule. Je salue le golfeur briève­ment en guise de remer­ciements et je ramasse dis­crète­ment et à son insu, l’ultime balle qui me fait gag­ner mon pari.

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Comments

    • Oh ?!? Une nou­velle cliente ! Chic, chic, chic :-))
      Alors, nous avons :
      Con­fi­tures : fraise — fraise/rhubarbe — pruneaux
      Moutardes : fortes — douces
      Oeufs de poulettes : Toutes tailles 🙂
      Chut­ney : con­sul­ter la liste, trop nom­breux pour être listés
      Rel­ishes : con­sul­ter la liste égale­ment
      Pour les oeufs de canard : fiez-vous au petit bon­heur la chance, faites gaffe où vous met­tez les pieds :-))
      Savons : à base d’huile d’olive (promis, ça sent pas la vinai­grette) ou aloe vera
      Et bien sûr des balles de golf d’occasion, très peu servies, preloved avec une petite ten­dance à tourner à droite :-))
      A venir : Miel — Fro­mages
      A don­ner con­tre bons soins (ou non) : Golfeurs (avec par­fois une petite ten­dance à la grossierté, surtout le dimanche matin)

      Faut vrai­ment que je fasse un petit texte avec mes pro­duits faits mai­son et mes âner­ies de com­men­taires 🙂
      Bises aussi :-))

  1. Ohlàlà, c’est pas triste chez toi 😀
    Et plein de trucs fait mai­son alors ??? ben dépêche d’écrire je me réjoui de savoir
    Bonne journée Miss

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