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Quand je reviens d’Australie avec mes phobies (âmes sensibles s’abstenir…)

On me tapote sur l’épaule et sur­prise je me retourne brusque­ment. Un jeune policier se tient là, et tente de me sourire. Je vois bien que ça tient plus de la gri­mace que du sourire. Il me crispe avec son air stressé. Il me parle à toute vitesse, ges­tic­ule, écarte les bras et sans repren­dre son souf­fle me lance une seule phrase que ne suis pas sûre d’avoir bien com­prise. Les sour­cils en accent cir­con­flexe, je lui demande de répéter, car ce que j’ai saisi sem­ble droit sor­tir d’un film d’horreur. Il répète plus calme­ment. J’ai du mal à assim­i­ler ses paroles, car ça se peut pas, on est ville bon sang ! Il n’a pas le temps de finir sa phrase que je pars en courant. Je ne demande aucun détail. Les jambes à mon cou, je ne me retourne pas, mais j’imagine mon reste de café s’envolant dans les airs ainsi que la brochure touris­tique que j’avais sur les genoux. Je tra­verse le pont en courant et essouf­flée je trouve refuge au pied d’un build­ing, entourée par la cir­cu­la­tion. Je tente de retrou­ver mon calme, tan­dis que la phrase du policier résonne encore dans ma tête. J’ai chaud, je trem­ble et la panique s’empare de moi. J’essaie de me raison­ner, c’était une blague pour une caméra cachée, j’en sais rien mais ça a bien marché, ah ah ah. Des yeux, je cherche depuis l’autre ver­sant de la riv­ière, l’arbre sous lequel je m’étais instal­lée. Il y a des voitures de police et les pom­piers parmi d’autres véhicules que je n’arrive pas à iden­ti­fier. La grande échelle dépliée, je vois quelques per­son­nes s’emparer de cages, de longs bâtons et grimper dans l’arbre. Ah ? C’était pas une blague ? Il y avait bien un énorme ser­pent endormi dans l’arbre sous lequel je me trouvais !

La trouille faisant pres­sion sur ma vessie, je pars à la recherche de toi­lettes publiques. Ce sera aussi une bonne occa­sion de me rin­cer le vis­age à l’eau froide, et me remet­tre de mes émo­tions. Aux abords d’un jardin pub­lic, se trouve les lieux que je cherche. Tant mieux, elles ne se trou­vent pas au milieu du parc, car pour des raisons évi­dentes, je n’ai pas très envie de passer sous un arbre à nou­veau. Je m’enferme à dou­ble tour dans les lieux et appuyée con­tre l’évier en métal, je laisse passer la vague de panique et tente de calmer mon cœur qui bat encore à la chamade. Je ferme les yeux et me con­cen­tre sur ma res­pi­ra­tion. J’inspire et expire pro­fondé­ment plusieurs fois, en espérant que mes nerfs ne me lâchent pas. Je rejette la tête en arrière pour me déten­dre et j’ouvre les yeux.

Je me fige, tout s’arrête. Mon sang ne fait qu’un tour et je sens des picote­ments chauds dans mes veines, mes pen­sées me quit­tent, les bat­te­ments de mon cœur réson­nent dans mes oreilles, un bour­don­nement aigu se fait enten­dre depuis l’intérieur de mon corps, dehors tout devient silen­cieux. Les yeux fixés au pla­fond, je tente de hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. A tâtons, je tente de trou­ver la poignée de la porte. Je m’acharne sur le loquet. Il est coincé, je n’arrive pas à le tourner pour m’enfuir. Je le sec­oue, malmène la poignée de la porte et de mon autre main tape sur la porte, mes yeux exor­bités fix­ant tou­jours le pla­fond. Rien n’y fait, je n’arrive pas à déver­rouiller la porte. Je vais nous faire une syn­cope. J’ai les mains moites et des per­les de sueur se for­ment sur mon front. Je suis prise au piège. Dans son piège.

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